Les erreurs de son qui gâchent les interviews de salariés

Les erreurs de son qui gâchent les interviews de salariés

La directrice de site a parlé huit minutes, avec des exemples précis et une conviction qui passait bien à l’image. Au montage, il faut pourtant renoncer à la moitié de l’entretien : la climatisation s’est déclenchée en plein milieu, et le micro posé sur la table a enregistré la pièce autant que la voix. Le cas est banal. Sur un tournage en entreprise, le son est le poste que l’on sacrifie le plus volontiers, et celui dont les défauts s’entendent le plus vite.

Un spectateur accepte une image un peu sombre ou légèrement floue. Il décroche dès qu’il doit faire un effort pour comprendre ce qu’on lui dit. Pour une vidéo où des salariés prennent la parole, c’est rédhibitoire. Les erreurs qui conduisent là reviennent d’un tournage à l’autre.

Choisir la salle parce qu’elle est libre

La salle de réunion vitrée, avec sa grande table et son sol dur, est l’endroit le plus souvent proposé pour les interviews. C’est aussi l’un des pires. Le verre et le carrelage renvoient la voix, qui arrive au micro avec une traîne de réverbération que le montage aura bien du mal à effacer proprement. S’y ajoutent la ventilation, le bourdonnement de certains éclairages, les conversations du couloir.

Un test suffit : frappez dans vos mains au centre de la pièce. Si le claquement laisse une queue audible, la salle résonne. Préférez une pièce plus petite, meublée, avec des rideaux, une moquette ou des étagères chargées, quitte à soigner le décor à l’image. Demandez aussi si la climatisation peut être coupée le temps des entretiens, et pensez à la faire rallumer. Une équipe rigoureuse enregistre enfin trente secondes de « silence » de la pièce, micro ouvert, sans que personne ne parle : ce fond sonore servira à lisser les coupes au montage.

Laisser le cadreur gérer aussi le son

Sur les petits tournages, la tentation est forte de confier le son à la personne qui tient la caméra. Elle ne peut pourtant pas tout faire. Surveiller le cadre et la mise au point laisse peu d’attention pour entendre au casque le frottement d’un col sur le micro-cravate, une interférence dans la liaison sans fil ou le passage d’un chariot élévateur derrière la cloison.

Ces défauts ne se repèrent qu’en écoutant en continu. Découverts au montage, ils obligent à couper une bonne phrase ou à la garder abîmée. Une personne dédiée au son place le micro à la bonne distance de la bouche, vérifie qu’aucun bijou ni badge ne vient le frotter, enregistre une piste de secours et fait reprendre une réponse quand un bruit l’a couverte. Quand vous confiez un tournage à une agence de production vidéo, posez la question franchement : qui s’occupera du son sur place ? Pour des interviews tournées dans des ateliers ou des bureaux ouverts, la réponse compte autant que le choix de la caméra.

Faire réciter un texte aux salariés

La deuxième famille d’erreurs touche à la parole elle-même. Un salarié à qui l’on donne un texte à apprendre, ou à lire sur un prompteur, parle d’une voix plate, avec l’intonation de quelqu’un qui récite. Le spectateur l’entend immédiatement, même s’il ne saurait pas dire pourquoi. Le contenu peut être exact, la voix sonne faux.

On obtient bien mieux en annonçant les thèmes sans fournir les questions, puis en ouvrant l’entretien par des sujets faciles, le parcours, la journée type, le temps que la voix se pose et que la personne oublie la caméra. Viennent ensuite les questions qui appellent des exemples (« Racontez la dernière fois qu’une commande urgente est tombée un vendredi ») plutôt que des généralités sur l’esprit d’équipe.

Deux habitudes de l’intervieweur comptent aussi pour le son. La première consiste à se taire pendant les réponses. Les « oui », « hm » et « d’accord » d’approbation se superposent à la voix et rendent le passage inutilisable ; un hochement de tête fait le même travail en silence. La seconde consiste à laisser passer deux ou trois secondes après une réponse avant d’enchaîner. C’est souvent dans ce blanc que la personne ajoute la phrase la plus juste.

Compter sur la musique pour tout couvrir

Dernière erreur, au mixage cette fois. Une musique trop présente sous les voix fatigue l’écoute, surtout sur un haut-parleur de téléphone, qui restitue mal les basses et rend la voix plus difficile à détacher du reste. Les sous-titres incrustés, indispensables dans les fils où la vidéo démarre sans le son, ne sont pas une excuse : la personne qui active le son doit comprendre chaque phrase sans lire.

Avant de valider la version finale, écoutez-la une fois les yeux fermés, sur le haut-parleur de votre téléphone, dans une pièce normalement bruyante. Si vous comprenez chaque mot sans regarder l’écran, le son est prêt. Sinon, demandez un nouveau mixage avant la diffusion : c’est l’une des corrections les plus rapides de tout le projet.